Manifeste

On m'a posé tellement de questions, après l'accident.

Tu peux encore travailler? Conduire? Voyager? Faire du sport? Avoir une vie... normale?

Je les comprends, ces questions. Je me les suis posées moi aussi.

Mais il y en a une qu'on me pose presque jamais. Et c'est pourtant la seule qui m'intéresse vraiment :

Qu'est-ce que tu veux vivre?

Parce que le problème, la plupart du temps, ce n'est pas mon corps. C'est tout ce qui l'entoure.

Une marche de trop. Une porte trop étroite. Une plage dont je ne peux même pas m'approcher. Un sentier qui s'arrête net. Un équipement pensé pour un seul genre de corps.

Le jour où j'ai commencé à voir le monde comme ça, tout a changé. J'ai compris que la plupart des choses qu'on appelle « impossibles » sont juste mal adaptées. Et ça, ça change tout.

Je ne rêve pas d'un monde où tout le monde fait les mêmes choses de la même façon. Je rêve d'un monde où chacun trouve sa façon de les faire. Le feeling de choisir ma trajectoire, de sentir la machine, de décider par moi-même. Ça, personne ne peut me l'enlever, à condition que le monde me laisse une porte d'entrée.

L'adaptation, pour moi, ce n'est pas me plier au monde. C'est aussi demander au monde d'être un peu plus malin, un peu plus imaginatif, un peu plus accueillant.

Et ça ne concerne pas juste les personnes handicapées. On a tous, un jour ou l'autre, besoin que le monde s'adapte à nous.

C'est pour ça que je teste tout. Les aventures, les équipements, les fails aussi. Pour montrer ce qui est vraiment possible quand on arrête de demander « est-ce que tu peux » et qu'on commence à demander « comment on fait ».

Alors... tu viens?