Habiter le corps d’aujourd’hui

Il y a quelque chose d’étrange avec le corps. On pense le connaître parce qu’on vit dedans chaque jour. Mais après des années de transformation, on peut presque avoir l’impression d’habiter un territoire qu’on redécouvre.
Dix-huit ans en fauteuil, ça m'a appris que le corps s'adapte. Parfois merveilleusement, parfois moins bien. Les épaules travaillent plus fort, le tronc change, certains mouvements disparaissent du quotidien pendant que d'autres deviennent essentiels. Pis peu à peu, on peut devenir raide sans même s'en rendre compte.
Aujourd'hui, j'essaie de regarder mon corps différemment. Pas comme quelque chose à réparer constamment, pas comme quelque chose qui aurait échoué, mais comme un corps qui a appris à survivre, à fonctionner pis à s'adapter pendant des années.
Je veux maintenant lui redonner de la mobilité là où c’est possible. Doucement. Intelligemment. Sans violence. Sans chercher à retrouver exactement le corps d’avant. Parce que je ne suis plus la personne d’avant. Et ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle.
Le corps change, la vie change, pis notre relation avec nous-mêmes peut changer aussi. Le but, c'est peut-être pas de revenir en arrière, mais d'apprendre à habiter pleinement le corps qu'on a aujourd'hui.